Pierre de Coubertin

Pierre de Coubertin (1863 - 1937)

Pierre de Coubertin possède à l'heure actuelle le charme mystérieux d'un personnage historique méconnu mais d'une valeur exceptionnelle. Ainsi pourrait-on le qualifier d'inconnu le plus célèbre de l'histoire.

Si, à l'occasion des fastueuses manifestations quadriennales que sont les Jeux Olympiques, une étude sociologique était effectuée sur la pérennité de l'idéal coubertinien, le résultat, malgré le climat propice de la manifestation olympique, serait probablement décourageant. Toutefois Pierre de Coubertin mériterait, et ce à juste titre, d'être considéré comme l'un des plus illustres bienfaiteurs de l'humanité, offrant aux citoyens du XXème siècle une occasion extraordinaire de se réunir dans le plus parfait des accords, l'Olympisme et son riche bagage philosophique, ainsi qu'un festival de compétitions pacifiques mais acharnées, organisé périodiquement, générateur d'union et de respect mutuel, les Jeux Olympiques.

Mais l'Olympisme, envisagé d'une part comme une structure et d'autre part comme un philosophie, reposant sur les schémas solides et clairvoyants que Coubertin traça, n'est qu'un élément de l'entreprise du baron et, bien que l'Olympisme soit considéré aujourd'hui comme la plus puissante des forces sociologiques de cette fin de siècle, il ne représente guère plus de la moitié des travaux de cet humaniste de génie, ainsi qu'il l'a lui-même déclaré.

Sa vie

Pierre de Coubertin naquit à Paris le 1er Janvier 1863 d'une famille dont l'ancêtre connu sous le nom de Fredy fut au service du Roi de France Louis XI qui l'anoblit en 1471. C'est en 1577 que le domaine de Coubertin près de Paris fut acquis par un Fredy qui en prit le nom et la seigneurie. Depuis lors, tous ses descendants conservèrent le nom de Fredy de Coubertin.

C'est en Normandie, non loin du port du Havre que vécut toute sa jeunesse Pierre de Coubertin dans la propriété de Mirville apportée en mariage par sa mère, descendante d'un compagnon du chef viking Rollon, premier duc de Normandie. Pierre fit ses études à Paris et suivit les cours de l'Ecole des Sciences Politiques. Ayant pensé à la carrière des armes, il y renonça, prévoyant une période de paix. La politique lui parut décevante. C'est alors qu'il pensa à la réforme de l'éducation de la jeunesse française.

Après des voyages d'information en Angleterre et aux Etats-Unis, s'embarquant du Havre, il décida de consacrer sa vie à la réforme pédagogique ce qu'il fit sans relâche.

C'est de Lausanne où il vécut à partir de 1917, et dont il fut bourgeois d'honneur, qu'il poursuivit une activité débordante, marquée du meilleur de lui-même et dans laquelle, peu à peu, sa fortune personnelle fut engloutie. Un de ses traits dominants est la faculté de passer immédiatement de la conception à la réalisation. Peu connu en dehors du mouvement olympique qu'il créa de toute pièce en rénovant la tradition antique, il mérite avant tout le titre d' "humaniste ". A ses yeux, l'Olympisme est indissociable de la Culture et c'est pourquoi il préconisa l'éducation de l'intelligence en même temps que celle du corps.

Tel a été cet homme volontaire, généreux, aux conceptions révolutionnaires, ce rebelle à toute idée reçue, ce pédagogue génial entièrement voué à la jeunesse du monde en qui il a gardé toute sa confiance jusqu'à sa mort subite à Genève en 1937.

Son ouevre

La vie et l'oeuvre de Pierre de Coubertin reposent sur des principes culturels capables de dénouer les antinomies de la condition humaine, en offrant à un monde en pleine transformation, une nouvelle manière de penser et d'agir.

Dès l'âge scolaire, Pierre de Coubertin ressent la nécessité " d'un rebronzage pédagogique ", " presque inconsciemment et mu par un instinct étrange, je citais à la barre de mon jugement d'enfant, toute la pédagogie française ", affirme-t-il devant
l' " Association française pour l'avancement des Sciences " le 26 janvier 1889. A vingt ans, il se livre à la pédagogie comparée et effectue pendant plusieurs années des voyages à l'étranger, indispensables pour mener à bien ses observations. Dès 1887 il répond à la campagne des " hygiénistes " sur le " surmenage scolaire ", en proposant comme remède l'organisation des loisirs. En 1906, il fonde l' "Association pour la réforme de l'enseignement " et publie, par la suite, en trois fascicules, le programme d'une éducation intégrale, sous le titre: " L'éducation des adolescents au XXème siècle ". Elu président de l' "Union pédagogique universelle " en 1925, il met au point la " Charte de la réforme pédagogique ", pour un retour à une vie plus vaste et plus épurée.

Depuis 1891, respectant l'homme dans chaque homme, il réclame la création d'un enseignement universitaire ouvrier; il fonde en 1906 la "Société des sports populaires"; en 1921, il édite un opuscule concernant les Universités ouvrières; il fait paraître en 1922 une étude intitulée: "Entre deux batailles: de l'Olympisme à l'Université ouvrière"; en 1923 suit un Mémoire concernant " l'instruction supérieure des travailleurs manuels et l'organisation des Universités ouvrières "; après 1925 il fait établir le règlement de l'Université ouvrière à travers les travaux de " l'Union Pédagogique Universelle ", concernant l'enseignement secondaire. Déjà, à Lausanne, en 1917, il avait réclamé l'institution dans chaque Cité, d'une " Université Populaire " consacrée à la culture générale, à l'exclusion de toute formation professionnelle. Pendant son séjour dans cette ville, la " Maison du Peuple " fut stimulée par sa présence et fit montre d'une grande activité intellectuelle. On comprend alors la ferveur qui anime cette réflexion de Pierre de Coubertin: " On n'est pas dans ce monde pour y vivre sa vie, mais celle des autres. Les plus grandes joies, d'ailleurs, ne sont pas celles que l'on goûte, mais celles que l'on procure ".

Les interventions de Pierre de Coubertin, écrites ou orales en faveur de l'épanouissement corporel et du développement par le sport, jalonnent toute son existence. Il donne un conférence en Sorbonne le 25 Novembre 1892 sur " les exercices physiques dans le monde moderne ", suivie de l'annonce du projet de rétablissement des Jeux Olympiques; en 1894, il déclare, encore en Sorbonne, le rétablissement des Jeux et la fondation du Comité International Olympique qu'il présidera de 1896 à 1925 avec un dévouement et une compétence rares. Pour lui, l'Olympisme est avidité à goûter la plénitude d'une culture qui donne un sens à la vie en opposant à la faiblesse naturelle de l'homme, la croyance en la grandeur de son destin. Par l'Olympisme, un humanisme s'édifie au-dessus de toutes les démarches philosophiques, scientifiques et artistiques, pour les englober dans un même effort: permettre à chacun de se retrouver, en saisissant les événements dans leur signification universelle. L'éthique olympique devient esthétique du coeur, fonde sur l'eurythmie; celle-ci s'avère perception d'harmonie extérieure et intérieure par l'unité humaine passionnément affirmée.

Les Jeux quadriennaux, animés par l'esprit de vérité olympique, accordent les différences et réconcilient les contraires: en vivant profondément son corps, l'athlète se spiritualise.

La pratique bien conduite du corps privilégie la dialectique fondamentale de la vie en transformant l'inquiétude en confiance. Pierre de Coubertin organise, dès 1897, un congrès de Pédagogie sportive au Havre, et ses discours concernant les Jeux Olympiques, posent avec des accents pathétiques le problème moral de l'homme et des nations dans le monde contemporain. A l'occasion de l'inauguration du monument Commémoratif concernant le rétablissement des Jeux, en 1927, à Olympie, il précise: " Dans le monde moderne, plein de possibilités puissantes et que menacent en même temps de périlleuses déchéances, l'olympisme peut constituer une école de noblesse et de pureté morales autant que d'endurance et d'énergie physiques, à la condition que vous éleviez sans cesse votre conception de l'honneur et du désintéressement à la hauteur de votre élan musculaire ". Pierre de Coubertin refuse un monde sclérosé qui ne correspond pas à l'image de ses aspirations. A l'équilibre harmonieux de chaque être humain, doivent correspondre la paix et la justice sociale, la paix et la justice internationale.

Tout humaniste possède le sens de la continuité du destin des hommes. Pierre de Coubertin nous fait partager son jugement sur la valeur irremplaçable de l'Histoire Universelle. Il rédige la " Charte de l'enseignement historique " en soulignant l'importance d'une vision objective du monde, placée au premier rang des méditations et des rêves; par elle chacun peut accéder à la conscience d'une existence commune.

Cependant, pour Pierre de Coubertin, la signification de l'équilibre et de la beauté ne s'éclaire que pour ceux qui ont mis d'abord en accord leur âme avec elle-même, pour participer, ensuite, totalement à l'oeuvre générale.

par Georges Rioux